JOHNSON Lyndon B.
Position : Elm street, à l’intérieur de la limousine du Vice-Président

Avertissement : La traduction de ce témoignage est ma propriété exclusive. Il ne peut être reproduit totalement ou partiellement sans mon autorisation.


A la Maison Blanche,
Le 10 Juillet 1964


A l’honorable EARL WARREN,
Président de la Cour Suprême des Etats-Unis d’Amérique, Washington, D.C.

Mon Cher Président
J’ai essayé dans la déclaration jointe de rassembler mes souvenirs des événements tragiques du 22 Novembre 1963. Je suis conscient des limites de mon récit. Je n’ai pas eu l’occasion de consigner mes impressions dans les jours critiques et difficiles qui ont suivi l’assassinat du Président Kennedy. Le souvenir à cette date tardive est nécessairement incomplet.
Cependant je réalise la grande importance de votre tâche, et je me suis résolu de me remémorer du mieux que je le peux les événements et mes impressions tels qu’ils restent présents dans mon esprit actuellement. Bien que je crains qu’ils ne vous soient d’une utilité spécifique réduite, j’espère qu’il puisse être d’un quelconque intérêt.
J’espère que les membres de votre Commission et vous-même ainsi que les membres dévoués du bureau qui ont travaillé si longuement et rapidement à cette tâche , accepteront mes remerciements et mes bons souhaits.

Sincèrement,
LYNDON B. JOHNSON.

[Pièce jointe.]

[La déclaration du Président, Lyndon Baines Johnson, concernant les événements du 22 Novembre 1963]

La matinée du Vendredi 22 Novembre, a débuté par une réception dans la salle Longhorn de l’hôtel Texas à Fort Worth. Le Président, Madame Kennedy, Madame Johnson et moi-même avions passé la nuit dans cet hôtel.
Ensuite, le , Président Kennedy et moi-même nous sommes rendus sur un parking de l’autre côté de l’hôtel où un stand muni d’un haut parleur avait été et où une foule s’était rassemblée. Nous sommes ensuite retourné à l’hôtel et avons pris le petit déjeuner.
Après çà, à 10 heures 30 environ nous nous sommes rendus en voiture à l’aérodrome de Fort Worth. Madame. Johnson and et moi-même avons pris place à bord d’Air Force II pour nous rendre à Dallas. Nous sommes arrivés à Love Field à Dallas, tel que je m’en souviens, peu après 11heures 30. Les Agents Youngblood, Johns et deux autres agents étaient avec nous.
Nous avons débarqué de l’avion aussitôt après avoir s’être arrêté Love Field. nous avons été accueilli par un comité local d’officiels et de citoyens. Après les avoir remerciés nous nous sommes dirigé à l’emplacement où Monsieur et Madame Kennedy allait débarquer. nous fûmes suivis par le comité de réception. L’avion du président Kennedy arriva environ cinq à dix minutes après Air Force II. Le président et Madame Kennedy ont débarqué et ils nous ont salué ainsi que les gens du comité de réception.
Ensuite le président et Madame Kennedy ont marché le long d’une barrière, serrant des mains des gens de la foule qui s’était rassemblée.
Madame Johnson et moi-même suivions le long de la barrière saluant les gens et serrant des mains. Ceci a pris cinq ou dix minutes, pour autant que je m’en souvienne .
Madame Johnson, le Senateur Ralph Yarborough, et moi-même sommes entrés ensuite dans la voiture qui nous avait été allouée pour le défilé. C’était une Lincoln Continental décapotable. Je pense que notre voiture venait en 4e position dans le défilé. Nous étions la deuxième voiture derrière le véhicule du président .
Le conducteur de la voiture dans laquelle Madame Johnson et moi-même circulions était Hurchell Jacks qui était membre de la patrouille autoroutière de l’État du Texas. L’agent Youngblood était assis à côté de lui sur le siège de devant.
J’étais assis derrière l’agent Youngblood ; Madame Johnson était à côté de moi ; et le sénateur Yarborough se trouvait sur le siège arrière gauche c’est-à-dire juste derrière le conducteur.
Tout d’abord, quand nous avons quitté Love Field et avons poursuivi à travers des zones faiblement peuplées, la foule étaient parsemée. Je me souviens, cependant, que Madame Johnson et le sénateur Yarborough ont fait des commentaires sur le bon état d’esprit et les bonnes dispositions naturelles de la foule. Quand nous sommes arrivés plus près de la ville, la foule est devenue plus importante. Nous avons fait plusieurs arrêts dus à ceux des voitures qui se trouvaient devant nous. Je ne suis pas sorti de la voiture, mais à cette occasion quelques personnes sont sorties de la foule et ont couru vers nous, et j’ai serré la main à plusieurs personnes à ces occasions.
Le défilé a poursuivi vers Main Street et a tourné ensuite à droite vers Houston. Il a ensuite fait route vers Elm, qui se trouve je crois à un bloc de l’intersection de Main et de Houston. La foule sur Elm street était plus clairsemée. Au moment où le défilé descendait Elm Street en direction du point où l’assassinat s’est produit, il allait à une vitesse que j’estimerais à douze ou quinze miles. Après que nous ayons la descente d’Elm street sur une courte distance, j’ai entendu une détonation aiguë. La foule à cet endroit est en quelque sorte plus éparse. La voiture du vice-président se trouvait alors environ à une distance de trois voitures derrière le véhicule du président Kennedy avec la voiture suiveuse de sécurité du Présidents dans l’intervalle.
j’ai été saisi par le bruit aigu de l’explosion. Mais je n’ai pas eu le temps de spéculer quant à son origine parce que l’agent Youngblood s’est instantanément et immédiatement retourné après la première explosion m’a frappé sur l’épaule et nous a crié à tous ceux ceux qui étaient assis sur le siège arrière de se coucher. J’ai été poussé vers le bas par l’agent Youngblood . Presque au même moment où il m’a frappé ou poussé il a sauté par-dessus le siège arrière et s’est assis sur moi. J’étais courbé sous le poids de l’agent Youngblood vers Madame Johnson et le Sénateur Yarborough.

Je me rappelle d’avoir essayé de tourner la tête pour m’assurer que Madame. Johnson s’était couchée. Elle et le Sénateur Yarborough sur l’ordre de l’agent s’étaient tous les deux accroupis. À d’autres moments de cette séquence des événements, j’ai entendu d’autres explosions il m’était impossible de dire de quelle direction venaient ces explosions.
j’ai senti l’automobile accélérer nettement, et à un moment l’agent Youngblood m’a libéré. je me suis assuré que Madame Johnson et le sénateur Yarborough étaient en bonne santé. J’ai entendu l’agent Youngblood parler à travers son microphone. Je lui ai demandé ce qui était arrivé. Il m’a dit qu’il n’en était pas sûr mais qu’il avait appris que le cortège se dirigeait vers l’hôpital. Je ne voyais rien de ce qui se passait à l’intérieur et autour de la voiture du Président.
Quand nous sommes arrivés à l’hôpital ; l’agent Youngblood m’a dit de sortir de la voiture, d’aller à l’intérieur du bâtiment de ne pas m’arrêter et de rester très près de lui et des autres agents. Quand la voiture s’arrêta, un cordon d’agents s’est formé autour de moi, et nous sommes entrés rapidement à l’intérieur de l’hôpital et ensuite nous sommes allés dans une pièce. A cause de la manière avec laquelle l’agent Youngblood m’ordonna de quitter la voiture et d’entrer dans l’hôpital, je n’ai pas vu la voiture présidentielle ni aucune des personnes qui se trouvaient à l’intérieur.
Dans la chambre de l’hôpital où Madame Johnson et moi-même avions été conduits, les rideaux avaient été tirés, par l’agent Youngblood je suppose. En plus de lui il y avait deux ou trois autres agents à cet endroit.

Comme je me souviens, nous avons eu notre premier rapport spécifique de la part de Emory West, un des agents du protocole de la Maison Blanche. Il m’a dit que le président Kennedy avait été très sérieusement blessé et que son état était très critique. Il m’a qu’il pensait que nous devions planifier notre retour en Washington immédiatement.
J’ai demandé des nouvelles du Gouverneur Connally et il m’a dit que lui aussi avait été touché, mais que ses blessures n’étaient pas graves. On m’a dit que Madame Kennedy et Madame Connnaly étaient indemnes et que personne d’autre n’avait été blessé.
Madame Johnson et moi-même avons demandé si nous pouvions voir Madame Kennedy et Madame Connally. L’agent Youngblood m’a dit que je ne pouvais pas quitter cette pièce et j’ai suivi son instruction.
On a permis à Madame Johnson de quitter la pièce dans ce but.
Un moment donné durant ces événements, Kenneth O’Donnell, le représentant du congrès Jack Brooks, le représentant du congrès Homer Thornberry et Cliff Carter sont entrés dans la pièce. Ce fut Ken O’Donnel qui à environ 13 heures 20 nous a dit que le Président était mort. Je pense que ses mots précis furent, "il s’en est allé". O’Donnell a dit que nous devions retourner à Washington et prendre l’avion du Président dans ce but .
je trouvais difficile à croire que ceci était arrivé. Tous semblait — irréel incroyable. Quelques heures plus tôt, j’avais pris le petit déjeuner avec John de Kennedy ; il était en vie, fort, vigoureux. Je ne pouvais pas croire que maintenant il était mort. J’étais choqué et écœuré.

Quand Monsieur O’Donnell nous a dit de prendre l’avion et de rentrer à Washington, j’ai demandé des nouvelles de Madame Kennedy. O’Donnel m’a dit que Madame Kennedy ne quitterait pas l’hôpital sans le corps du Président et il nous a à nouveau pressé de partir et de prendre Air Force 1et de rentrer à Washington. Je ne voulais pas m’en aller et laisser Madame Kennedy dans cette situation. Je l’ai dit, mais j’ai convenu que nous devions prendre place à bord de l’avion et attendre jusqu’à ce que Madame Kennedy et le corps du président soit emmenés à bord de l’avion.
Il est, difficile, naturellement de donner une impression exacte de la période pendant laquelle nous trouvions à l’intérieur de la chambre de l’hôpital. Nous étions tous sonnés. Je pense que nous étions en état de choc et que le temps manquait pour apaiser suffisamment la peine, de même que l’importance de la perte personnelle de ce grand homme et de ce bon ami ne pouvait se traduire par des mots ou des sentiments.
je pense, en fait, que le seul exutoire au chagrin que le choc avait produit était notre compassion aiguë, peinée, amère et notre sollicitude envers Madame Kennedy .
En dépit de ma conscience des raisons de l’insistance de Monsieur O’Donell - - auxquels s’étaient joints je pense un ou plusieurs agents des services secrets— pour que nous prenions place à bord de l’avion, que nous quittions Dallas et que nous allions Washington sans délai, j’étais résolu à ne pas partir jusqu’à ce que Madame Kennedy soit prête et que l’on transporte le corps du président avec nous si elle le voulait.
Nous avons quitté la chambre et on nous a sorti à la hâte encadrés par un cordon d’agents vers les voitures qui nous attendaient. Sur l’insistance de l’agent Youngblood, je suis monté dans une voiture et Madame Johnson dans une autre. L’agent Youngblood et moi-même étions assis à l’arrière et le représentant du congrès Thornberry était assis sur le siège avant.
Quand nous avons quitté l’hôpital, le représentant du congrès Albert Thomas est venu vers la voiture. Il a vu le représentant du congrès Thornberry - - je ne pense pas qu’il m’ait vu - - il a demandé aux représentant du congrès de l’attendre. Sur mon ordre, la voiture s’est arrêtée, l’a récupérée et il s’était assis sur le siège avant avec le représentant du congrès Thornberry. Je ne suis pas sûr que cela ait pris plus d’une minute. Le représentant du congrès Thornberry a ensuite grimpé et pris place sur le siège arrière avec nous.
Quand nous sommes arrivés à l’aéroport, nous avons poursuivi notre route vers la rampe conduisant à l’avion, et nous sommes entrés dans l’avion. On nous a pressés vers les quartiers privés de l’avion du président. Cela ne semblait pas juste que John Kennedy ne soit pas là. J’ai dit à quelqu’un que nous préférerions que Madame Kennedy utilise ces appartements.
Peu de temps après que nous ayons embarqué, j’ai appelé Robert Kennedy, le frère du président, et l’attorney général. Je savais à quel point il était peiné, et j’ai désiré lui dire quelque chose qui le réconforterait. En dépit de son choc, il a discuté des problèmes pratiques - - des problèmes d’urgence particulière parce que nous n’avions à ce moment là aucune information pour ce qui concernait les motifs de l’assassinat et de ses possibles implications. L’attorney général nous a dit qu’il aimerait se pencher sur le sujet de savoir si la passation de serments me concernant interviendrait immédiatement auprès que nous soyons retournés à Washington et me dit qu’il me rappellerait.
J’ai ensuite parlé avec mac Georges Bundy et Walter Jenkins, chacun d’eux a insisté pour dire que le retour vers Washington ne devait pas être retardé. Je leur ai dit que j’attendais Madame Kennedy et que le corps du président soit placée dans l’avion et que je ne retournerai pas avant ce moment-là.
Comme je m’en souviens, notre conversation a été interrompue pour permettre à l’attorney général de reprendre la ligne. Il dit que la prestation de serment devait être administrée immédiatement, avant de décoller pour Washington, et qu’elle devait être administrée par un homme de loi des États-Unis. Peu de temps après, l’attorney général adjoint, Monsieur Katzenbach a dicté la forme de la prestation de serment à l’une des secrétaires à bord de l’avion.
J’ai pensé à Sarah Hugues, une vieille amie qui est juge à la Cour du district à Dallas et nous avons téléphoné au bureau du juge Hugues. Elle n’était pas là, mais elle a rappelé quelques minutes plus tard et elle dit qu’elle serait à l’avion dans 10 minutes. J’ai demandé que des dispositions soient prises pour lui permettre d’accéder à l’avion.
Quelques minutes plus tard Madame Kennedy et le cercueil du président sont arrivés. Madame Johnson et moi-même lui avons parlé. Nous avons essayé de la réconforter, mais nos mots semblaient pas à la hauteur. Elle s’est rendu dans les salons privés de l’avion. J’ai estimé que Madame Kennedy et le cercueil sont arrivés environ une demi-heure après que nous soyons entrés dans l’avion juste après 14 heures.
Environ une demi-heure plus tard, j’ai demandé à quelqu’un d’aller chercher Madame Kennedy pour qu’elle se tienne avec nous durant la cérémonie de prestation de serment. Madame Johnson est revenue pour être avec elle. Madame Kennedy est arrivée et s’est tenue avec pendant les moments de la prestation de serment.
Je n’oublierai jamais son courage, sa noblesse et sa dignité.
Je dirai que la prestation de serment a été faite à 14 heures 40. Madame Johnson et Madame Kennedy étaient à mes côtés quand le juge Hugues officia.
L’avion a décollé rapidement après la cérémonie de passation le serment. J’ai ensuite appelé la mère du président Kennedy, Madame Rose Kennedy. Elle avait été prévenue auparavant de l’assassinat. Je lui ai dit notre peine et notre compassion pour elle. J’ai passé le combiné à Madame Johnson qui a essayé également d’apporter des mots de réconfort à la mère du président. J’ai ensuite appelé Nellie Connally la femme du Gouverneur et je lui dis notre préoccupation pour elle et John et j’ai essayé lui apporter quelque réconfort. J’ai ensuite demandé au général Clifton, l’aide militaire du président, d’appeler Monsieur Mac George Bundy à Washington pour de lui donner des instructions pour qu’il demande aux membres du Cabinet qui étaient en route pour le Japon de rentrer immédiatement.
Quand nous avons atterri sur la base militaire d’Andrews, j’ai fait une courte déclaration à la presse, à la radio et télévision. De tout mon cœur j’ai demandé l’aide de Dieu pour que je ne me montre pas indigne de la responsabilité que le destin m’avait imposé.

LYNDON B. JOHNSON.
 





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